FUITES EN AVANT

QUITTE OU DOUBLE

 

Lancement par EDF de la construction de réacteurs
nucléaires « EPR2 » : la politique du fait accompli
pour aboutir à un nouveau désastre industriel et financier

par Stéphane LHOMME, pour l'Observatoire du nucléaire et ADN (25 juin 2021)

 

Alors qu'elle se montre incapable de mener à bien la construction du réacteur EPR, en chantier sans fin à Flamanville (Manche) depuis 2008, la direction d'EDF aurait néanmoins décidé, selon les informations publiées le 24 juin par le média Contexte, de dépenser des centaines de millions d'euros pour lancer la construction de réacteurs dits « EPR2 ».

Pourtant, bien que farouchement pronucléaire, le Président Macron a déclaré à plusieurs reprises qu'il fallait que l'EPR de Flamanville fonctionne avant toute décision de construire d'autres réacteurs. Mais il est très probable que M. Macron soit parfaitement informé et complice de la fuite en avant de la direction d'EDF.

Comme elle l'a souvent fait par le passé, méprisant la démocratie et les intérêts de la population française, la direction d'EDF entend user de la politique du fait accompli : il s'agit de dépenser des centaines de milliards en commençant un ou plusieurs chantiers de réacteurs « EPR2 » pour affirmer ensuite que « le coup est parti » et que l'on ne saurait stopper un programme déjà lancé… sous peine de gaspiller des centaines de milliards. Or, c'est précisément en construisant des réacteurs nucléaires qu'EDF gaspille des sommes astronomiques ! (...)

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FUITES EN CHINE

 

Fuite radioactive sur l'EPR de Chine

Le coup fatal pour le réacteur nucléaire français EPR
par Stéphane LHOMME pour l'Observatoire du nucléaire (15 juin 2021)

Si l'opacité entretenue par le régime chinois empêche pour le moment de connaître les conséquences précises de la fuite radioactive impliquant l'EPR n°1 de Taishan, dont la chaîne américaine CNN a révélé le 14 juin l'existence, en revanche il est d'ores et déjà possible d'analyser le déroulement de cette affaire et d'en prévoir certaines suites.

La défectuosité de l'étanchéité de gaines de combustibles au sein de l'EPR de Taishan remonte à octobre 2020, c'est-à-dire qu'elle dure depuis plus de 8 mois : les co-exploitants du réacteur, c'est-à-dire les Chinois et les Français de Framatome, étaient de toute évidence parfaitement conscients de la gravité du problème et avaient conjointement décidé d'en cacher l'existence à la population mais aussi à l'AIEA. Lire
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Rupture précoce des gaines de combustible EPR : une fragilité
connue depuis 2002. Le réacteur chinois de Taishan a servi de cobaye !
par Chantal CUISNIER pour le CAN Ouest (16 juin 2021)

Les bribes d’informations sont publiées au compte-goutte sur le problème critique du réacteur franco-chinois EPR de Taishan. Les fuites anormales de gaz radioactifs du circuit primaire sont les conséquences de ruptures du gainage des combustibles assemblés dans l’usine de Romans sur Isère. (...) Ce combustible au gainage défectueux c’est celui que s’est empressé de faire livrer EDF à Flamanville alors que la mise en service de plus en plus improbable de l'EPR a été repoussée après les élections présidentielles de 2022
– 705 tonnes de ce combustible ont été produites en 2020, dont 38 déjà livrées à la Chine.
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« L’ASN est particulièrement attentive au retour d’expérience acquis sur les EPR en Finlande et en Chine, qui met en exergue certains sujets nécessitant des investigations et instructions spécifiques. Il concerne notamment la corrosion sous contrainte sur les pilotes des soupapes sur le réacteur EPR d’Olkiluoto (Finlande), ainsi que les anomalies sur les distributions de puissance dans le cœur des EPR de Taishan (Chine). »

Éditorial du collège de l'ASN daté du 2 mars 2021, Rapport de l'ASN 2020, chapitre « EPR de Flamanville, un projet complexe confronté à de nombreux aléas », p. 5.

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LIRE AUSSI :

Inquiétude sur des fuites radioactives à la centrale de Taishan
par la CRIIRAD (14 juin 2021) - entretien avec Bruno Chareyron sur RFI (15 juin)

EPR de Taishan : gaz rares, gaz nobles, gaz radioactifs ou gaz inertes ?
par Pierre FETET pour le blog de Fukushima (14 juin 2021)

Chine : EDF et Areva impliqués, le gouvernement français bloque l'information
par la CANSE, Coordination antinucléaire Sud-Est (14 juin + mises à jour postérieures)

 

 

L'AUTRE EPR DE MANCHE

LE PÈRE DE FAMILLE

 

EPR de Flamanville : Babel et tais-toi

 

Sur l'EPR en construction à Flamanville, selon Bernard Doroszczuk, président de l'ASN (lors de sa présentation du rapport annuel de l’ASN au parlement, le 27 mai 2021), des soudures défaillantes avaient déjà été découvertes, poussant l’ASN à autoriser en mars dernier des réparations opérées par des robots, une première. Et Bernard Doroszczuk a averti, « hormis les soudures, beaucoup de sujets sont encore ouverts, sur lesquels l’ASN ne dispose toujours pas d’éléments pour les instruire et les trancher. Il est urgent qu’EDF termine ses analyses et les transmette à l’ASN si elle souhaite ouvrir l’EPR fin 2022 ». D’autant que « plus récemment, nous avons été informés d’une nouvelle non-conformité sur le circuit primaire, concernant des piquages touchant l’eau sous pression, en contact avec le cœur du réacteur ».

Ces problèmes de « piquages », qui correspondent à une partie de la tuyauterie qui la raccorde à une autre, pourraient ainsi causer de nouveaux retards dans le projet. Pour l’instant, trois solutions sont envisagées par EDF, consolider le piquage avec des colliers de maintien, couper et remplacer les tronçons en question, ou enfin réparer les soudures, comme l’a détaillé Bernard Doroszczuk. Seule la première option permettrait de respecter les délais de mise en service en 2022. « C’est cette option qui est privilégiée par EDF et nous prendrons position sur la faisabilité de cette option durant l’été », a indiqué le président de l’ASN.

 

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L'Autorité de Sécurité Nucléaire est-elle suffisamment rigoureuse ?
par François VALLET (29 janv. 2021)

Après l’autorisation de mise en service partielle de l’EPR de Flamanville (à la cuve fissurée, aux soudures défectueuses, aux procédures de sécurité défaillantes, etc.), l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) récidive en autorisant EDF à déroger aux règles d’exploitation du réacteur N°2 sur le même site. En clair l’ASN autorise à nouveau EDF à ne pas respecter les règles de sûreté, alors qu’elle sait très bien que la situation est très dégradée.

Et pourquoi donc ?
Et bien tout simplement parce qu’EDF ne veut pas remplacer des générateurs de vapeur qui comportent des « fissures traversantes ». En clair ils laissent passer de l’eau radioactive du circuit primaire vers le circuit secondaire, celui dont la vapeur entraîne les turbines. Et EDF a convaincu l’ASN de l’autoriser à ne pas respecter les règles, au prétexte qu’en bricolant un peu la composition de l’eau du circuit primaire et en augmentant progressivement la puissance du réacteur au démarrage, les fuites finiraient bien par se boucher avec les saletés qui passent du circuit primaire vers le circuit secondaire.

Mais au fait, ce réacteur ne vient-il pas d’être révisé ?
Le réacteur dont il est question était arrêté depuis le 10 janvier 2019 pour une révision générale. Si les générateurs de vapeur sont défectueux ils auraient donc dû être remplacés pendant la révision. Mais malheureusement ça aurait coûté beaucoup d’argent, qu’EDF ne veut pas ou ne peut pas dépenser. Et surtout, faire ces travaux aurait conduit à dépasser la limite légale de deux ans d’arrêt au bout de laquelle une enquête publique est obligatoire, en préalable à l’autorisation de redémarrage du réacteur. Sans parler des aléas techniques toujours possibles comme celui qui s’était produit sur un des réacteurs de la centrale de Paluel dont la chute d’un générateur de vapeur avait failli tourner à la catastrophe. L’ASN a donc autorisé en urgence, le 12 décembre 2020, le redémarrage du réacteur avec des générateurs de vapeur défectueux !

C’est grave docteur ?
C’est carrément inacceptable de la part d’EDF et de l’ASN, qui se comportent, pour l’une, comme un mécano peu scrupuleux qui bricolerait à la hâte une voiture délabrée pour lui faire passer le contrôle technique, et pour l’autre, comme un contrôleur véreux prêt à fermer les yeux sur toutes les anomalies. Mais là il ne s’agit pas de vieilles guimbardes mais de réacteurs nucléaires. Si les fissures s’agrandissent, au lieu de se boucher, ce sera la catastrophe ! Bouchées ou pas, les fissures sont toujours là et le fonctionnement du réacteur à haute pression et haute température ne peut qu’aggraver la situation au fil du temps. D’ailleurs EDF ne respecte même pas les nouvelles règles qui lui ont été fixées par l’ASN pour s’assurer que la dérogation temporaire n’allait pas conduire à une aggravation rapide de la situation.

Que faut-il en conclure ?
Cette nouvelle dérogation aux règles de sûreté, accordée à EDF par l’ASN, montre que cette dernière n’est pas indépendante. Elle dépend de l’État français, dont le chef Macron « a besoin du nucléaire ». Et cette nouvelle dérogation montre que l’ASN n’assure pas son rôle d’autorité chargée de la sûreté car elle masque par des décisions alambiquées l’incurie d’EDF et ses violations manifestes des règles de sûreté dont elle devient complice. Comme elle ne peut garantir qu’un accident grave n’arrivera pas, surtout avec de telles décisions, elle a trouvé une nouvelle activité : constituer des « panels citoyens » prêts à accepter l’accident et à s’associer à la définition de règles de vie en milieu contaminé par la radioactivité. En agissant ainsi elle montre clairement que son activité n’a pas pour objet d’empêcher l’accident grave et la contamination radioactive de notre environnement commun mais de permettre à EDF de poursuivre ses activités au mépris des règles en vigueur.

Que doit faire l’ASN et comment l’aider à le faire ?
Si l’ASN veut vraiment faire la démonstration qu’elle a de l’autorité, qu’elle est indépendante, qu’elle est garante de la sûreté et veille à notre sécurité commune, il faut qu’elle exige d’EDF la mise à l’arrêt immédiat de ce réacteur non conforme…et de tous les autres qui sont dans le même cas. Elle en a parfaitement la possibilité sans attendre quelque feu vert que ce soit des décideurs politiques.

Pour l’aider à prendre cette décision, la cyberaction « Pour un panel citoyen pour l'arrêt du nucléaire »
a déjà été signée par plus de 2 000 personnes.

 

COÛTE
QUE COÛTE

La stratégie française du nucléaire civil en Inde
par Françoise PENAUD, École de guerre économique (22 juin 2021)

En avril dernier, EDF a fait une offre à l'Inde, qui ambitionne de construire 6 EPR, pour la fourniture de composants critiques : cuves des réacteurs ou générateurs de vapeur, dont la fabrication serait confiée à Framatome. Le site de Jaitapur où doivent être implantés ces 6 EPR se trouve sur une zone sismique (l'épicentre du tremblement de terre de 2009 se trouvait à 90 km du futur site), ce que souligne la Cour des Comptes. En avril dernier, Xavier Ursat, dirigeant d’EDF chargé des nouveaux projets nucléaires, indiquait au Monde que les conditions géologiques sont « excellentes [et] tout à fait comparables à celles qu’on rencontre dans un pays comme la France »... On en tremble encore.

 

 

Communiqué de presse ADN du 26 oct. 2020 : Des combustibles pour l’EPR de Flamanville

L'Autorité de Sûreté nucléaire (ASN) a délivré à EDF ce 8 octobre une autorisation de mise en service partielle pour l’EPR de Flamanville comportant la livraison du combustible dans son enceinte. En conséquence 2 camions par semaine, et ce pendant 16 semaines, quitteront Romans-sur-Isère et traverseront la France en direction de Flamanville, chargés d’assemblages de combustibles pour charger le réacteur et permettre son fonctionnement. (...)

Lire le communiqué Télécharger le communiqué

Voir aussi : En coulisses, l’État prépare le financement de six nouveaux EPR
article de Thierry GADAULT pour Reporterre (6 nov. 2020)

 

 


© AMBE

Les anomalies de I'EPR de Flamanville :
une liste à rallonge de casseroles

 

Bétons fissurés, multiples soudures défectueuses, défaillance du système de contrôle-commande (le centre névralgique du réacteur), nombreux manquements dans la fabrication et le contrôle de qualité des pièces forgées au Creusot, dissimulation d'informations sur des anomalies; sans oublier les défauts du couvercle et du fond de la cuve du réacteur déjà fragilisés avant même d'avoir servi, anomalies que Pierre-Franck Chevet, alors président de l'Autorité de Sûreté nucléaire, n'hésitait pas à qualifier en 2015 devant des parlementaires « de sérieuses, voire de très sérieuses ». L'ASN a finalement autorisé l'utilisation de la cuve, à condition que le couvercle défectueux soit changé en 2024... pour un démarrage qui n'interviendrait pas avant mi-2023, au plus tôt !

Nombreux accidents de chantier non déclarés et infractions au droit du travail. Après avoir épuisé tous les recours possibles, Bouygues est définitivement condamné pour avoir fait travailler à grande échelle des salariés non déclarés sur le chantier de I'EPR de Flamanville (Manche). Bouygues avait employé en toute illégalité au moins 460 travailleurs roumains et polonais entre 2008 et 2012, sur ce chantier du réacteur nouvelle génération, primordial pour EDF (propriétaire du site) et Areva (qui en assure la construction). Les deux procès ont permis de dévoiler la banalité et la cruauté des conditions de travail des forçats du BTP employés à Flamanville, où une centaine d'accidents du travail n'ont pas été déclarés. En première instance, le chef du chantier pour Bouygues à l'époque des faits avait lâché : « sur le chantier de I'EPR, on a autre chose à faire que vérifier la situation des ouvriers ».