TRAVAILLEURS DU NUCLÉAIRE

 

« Nous sommes de la chair à canon »
Rescapé d’un cancer, il dénonce les dangers du nucléaire

par Benoît COLLET, Reporterre (5 mars 2021)

Victime d’un cancer de la thyroïde alors qu’il travaillait dans l’industrie nucléaire,
Patrice Girardier dénonce depuis les conditions de travail dangereuses des petites mains
de l’atome. « Nous, les sous-traitants d’EDF, sommes de la chair à canon. »

« On était là pour prendre de la dose. » Patrice Girardier va répéter plusieurs fois cette phrase quand il évoque son passage en 2014 dans l’ancienne centrale de Chooz (Ardennes), en cours de démantèlement. Il y était responsable de l’équipe de dépoussiérage des poussières alpha, dans les grottes naturelles abritant les installations nucléaires. Ces particules alpha, émises par les noyaux radioactifs lors de la fission nucléaire, sont parmi les plus radioactives et les plus dangereuses pour le vivant. « On travaillait par plongées de deux heures pour ne pas être trop exposés. À l’époque, je pensais être protégé, même si peu de gens acceptaient de bosser dans ces grottes, vu la dangerosité du travail. »

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Travailleur du nucléaire mis à pied par sa hiérarchie pour avoir dénoncé le recours à la sous-traitance et les conditions de travail dans le nucléaire (voir son site « Ma Zone Contrôlée »), Gilles Reynaud était au tribunal des Prud'hommes de Nanterre le 17 mars. Le verdict sera rendu le 16 juin.

Voir le compte-rendu de la mobilisation

Communiqué commun de soutien

Gilles Reynaud avait été convoqué par la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité nucléaire. Il a témoigné sous serment des conditions de travail mettant en danger les travailleurs du nucléaire et les populations alentours. À peine un mois après il était convoqué par sa direction et quelques semaines plus tard recevait sa mise à pied, qu’il a contesté en saisissant le tribunal des Prud’hommes.

Le Collectif Arrêt du nucléaire assure Gilles REYNAUD de son soutien face à Orano !

Le nucléaire low cost en procès aux prud’hommes

par Natacha DEVANDA, Charlie Hebdo (17 mars 2021)

A-t-on le droit d’alerter sur les conditions de travail des forçats du nucléaire quand on y travaille soi-même ? Oui, revendique Gilles Reynaud, technicien du nucléaire et président de l’association Ma zone contrôlée. Non, estime Orano, qui a mis à pied ce salarié. Le procès qui se tient mercredi 17 mars est aussi l’occasion de mettre en débat les risques de la sous-traitance dans le nucléaire.

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Extrait de Unter kontrolle (Sous contrôle) de Volker-Sattel (2011)

 

La machine à broyer
Enquête sur une nouvelle affaire France Télécom

par Thierry GADAULT (10 avril 2021)

Harcèlement moral ou sexuel, brimades, discriminations, suicides… La vie quotidienne à EDF est un enfer pour de nombreux salariés. Une situation parfaitement connue de la direction générale depuis plus de 20 ans, sans aucun changement dans les méthodes de management. Un récent procès et une enquête pourraient changer la donne.

Coupable ! Dans un jugement rendu le 29 mars dernier , le tribunal des affaires sociales de Lyon estime que le suicide en 2013 d’un salarié de RTE, alors filiale à 100 % d’EDF, constitue une faute inexcusable de l’employeur. Trois ans plus tôt, en 2018, la cour d’appel de Lyon avait déjà considéré que ce drame était un accident du travail, bien qu’il soit intervenu au domicile du salarié.

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voir aussi :

Sylvie, chef de projet, EDF/SEISO, Toulouse
Sophie, chimiste, centrale nucléaire du Blayais
Maurice, technicien, EDF hydroélectricité, Annecy
Alain, électricien, EDF hydroélectricité, Lyon
Jean-Michel, technicien, EDF LAM, St-Denis
• Moi, Arnaud, salarié harcelé d'EDF

 

« Je me suis rendu compte
qu’on nous mentait »

par Michel, technicien à la centrale nucléaire de St-Laurent-des-Eaux

À la fin des années 1980, j’ai regardé un reportage, je crois sur Arte, sur le réacteur de Three Mile Island, qui avait été accidenté en 1979. Le reportage expliquait que près de 50 % du cœur avait fondu. Pourtant on m’avait toujours dit qu’il n’y avait pas eu de fusion à Three Mile Island. Je me suis rendu compte qu’on nous mentait. Or on avait deux réacteurs jumeaux à côté à Saint-Laurent-des-Eaux - les réacteurs à eau pressurisée - et on nous cachait que le cœur peut fondre. Donc j’ai commencé à me renseigner sur les deux accidents de Saint-Laurent, et j’ai trouvé plein d’informations.

Je suis entré au syndicat (la CGT), j’ai intégré le comité d’hygiène et sécurité, dont je suis devenu le secrétaire. Là, tu t’opposes forcément à la direction puisque tu défends les salariés. Ce que le directeur n’appréciait pas. Petit à petit, j’ai acquis la certitude que le nucléaire était mensonger. On nous exposait à des doses de radiation qu’on pouvait éviter…

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L'accident : témoignage et souvenirs
d’un gars qui bosse dans le nucléaire

par Jérôme, Sud-Énergie (12 mars 2021)

Il y a peu, en 2019, je faisais une rencontre qui m’a profondément marqué. Alors que le directeur de la centrale nucléaire où je bosse voulait m’en empêcher (Il a pour mission de mettre fin à mes engagements syndicaux, c’est bien mal me connaitre que de penser pouvoir y arriver), je me suis donc rendu à une conférence-débat sur le nucléaire dont le thème était Fukushima. Le premier ministre japonais Naoto KAN (en exercice au moment de l’accident) était présent comme intervenant. Nous avons été présentés et j’en ai profité pour lui décrire l’empathie que j’ai ressentie avec mes collègues lors de l’accident. Je lui ai raconté que nous étions nombreux à ce moment en « communion » avec le Japon, nous savions assez précisément ce qui était en train de se jouer. Je lui expliquais l’importance des travailleurs du nucléaire, leur haut niveau de technicité, leur engagement et leur attachement à ce qu’ils font. Je lui disais la profonde inquiétude que nous ressentions en voyant de loin les images de pompes qui arrosaient directement les réacteurs à l’air libre. Bref, ne voulant pas lui « tenir la jambe » trop longtemps je l’ai remercié de m’avoir écouté et je m’en allais. Il m’a alors attrapé par le bras et il m’a dit (par l’intermédiaire de ses interprètes) : « Moi aussi je veux vous remercier. Et je veux vous parler ». (...)

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De l’expérience ouvrière des risques
au problème public des déchets nucléaires

L’enquête filmique « Condamnés à réussir » comme catalyseur

par Marie Ghis MALFILATRE, Sociologie et sociétés, Vol. 51, n° 1-2, 2019

L’expérience des risques du travail ouvrier dans l’usine de traitement des combustibles nucléaires de La Hague, l’une des principales installations nucléaires en France, se constitue comme problème public dans les années 1970. Un des moments forts en est la réalisation clandestine du film Condamnés à réussir qui précipite la formation d’un public élargi autour des risques de cette industrie, dans un moment de compétition accrue pour la propriété du problème nucléaire.

En renforçant la conscience des intérêts communs de ceux qui travaillent dans ce secteur et leur sentiment de responsabilité à l’égard de la population, en exprimant cette expérience collective dans une oeuvre diffusée hors de La Hague auprès de divers auditoires, ce document a contribué, par le recours à un mélange d’enquête et de reconstitution fictionnelle, à dramatiser autrement le problème public de la production nucléaire.

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Condamnés à réussir, un documentaire de
Claude Eveno et François Jacquemain, Iskra,1976